La grotte de Niaux, le début de la fin de l’art pariétal
Dans la grotte de Niaux, en Ariège, autour de - 17 000 ans, l'art pariétal voit naître ses dernières oeuvres, dont une belette, la seule connue dans tout le bestiaire des cavernes.
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Moins de 17 000 ans, c’était presque hier… Le Paléolithique vit ses derniers millénaires, le climat se réchauffe nettement à l’échelle globale. Et dans le Salon noir – lieu spectaculaire situé à 700 m de l’entrée – de la grotte de Niaux, en Ariège, des femmes et des hommes de culture magdalénienne dessinent encore sur les murs. Sans en avoir conscience, ils amorcent la conclusion d’un art vieux d’au moins 20 000 ans en Europe.
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Charbon de bois, oxyde de manganèse, hématite broyée, talc… les recettes n’ont guère changé. Le trait est sûr et vigoureux. Le bison représente la moitié des œuvres animales, le cheval, un quart, le bouquetin, 14 %. Parmi les raretés, deux poissons et l’unique belette connue dans l’art pariétal. La présence d’un bœuf musqué a également été discutée.
Nouvelle découverte en 1970
La grotte de Niaux est fréquentée depuis le XVIIe siècle et des graffitis modernes ont cohabité un temps avec les œuvres pariétales avant d’être effacés. Dès 1866, les peintures primitives sont l’objet de vagues questionnements dans les écrits du préhistorien Félix Garrigou, mais sans suite. Authentifié en 1906, le lieu délivrera de nouveaux secrets six décennies plus tard, avec la découverte du réseau Clastres en 1970. Long de près de 1 km, il est parcouru de nombreuses empreintes de pas préhistoriques et abrite le fameux petit mustélidé. Le site de Niaux ne semble pas avoir été habité par les Préhistoriques, aucun vestige domestique n’ayant été découvert. Ils devaient y pénétrer profondément pour peindre ou se recueillir, car on ne trouve pas d’œuvres près des entrées.
Le bestiaire de la grotte de Niaux
Le bouquetin ibérique, origines obscures
Clairement identifiable à Niaux grâce aux dessins de cornes légèrement en forme de lyres, le bouquetin ibérique est caractéristique du genre en Espagne et de part et d’autre des Pyrénées. Pourtant, l’histoire paléolithique des capridés est complexe et trois espèces sont parfois mentionnées dans le sud-ouest de l’Europe à cette époque. Le bouquetin des Alpes existe alors à des altitudes plus basses qu’aujourd’hui et a été identifié jusque dans la région de l’actuelle Bordeaux. Il serait l’espèce majoritaire dans l’art pariétal. Le bouquetin du Caucase est cité dans certaines sources comme ayant atteint les Pyrénées via la vallée du Rhône et le Languedoc et pouvant être à l’origine de la spéciation du bouquetin ibérique, hypothèse plutôt contestée récemment.
À noter: Depuis 2014, le bouquetin des Pyrénées est réintroduit dans le massif suite à sa disparition en 1910. Aujourd’hui, la population atteint 600 individus dans le parc national auxquels s’ajoutent 300 individus dans les Pyrénées ariégeoises.
Cheval sauvage « préhistorique », qui es-tu ?
Avec près d’un tiers des œuvres pariétales animalières qui lui sont consacrées sur toute la période du Paléolithique supérieur, le cheval est sans conteste une figure emblématique. Les spécialistes relèvent la qualité graphique avec laquelle il est généralement représenté, tant au niveau des attitudes que des subtilités anatomiques, suggérant déjà une proximité singulière entre les humains préhistoriques et le cheval. Mais de quel cheval parle-t-on exactement ? D’un ensemble de lignées de Equus ferus, des chevaux sauvages aujourd’hui disparus. Le rôle joué par les changements climatiques majeurs et l’activité humaine dans l’extinction des derniers équidés sauvages européens à la fin du dernier âge glaciaire n’est pas clairement compris. Les croisements avec les premiers chevaux domestiques, parfois suivis de retour à l’état sauvage, entretiennent les discussions sur l’histoire et l’identité des tarpans (Europe) et des chevaux de Przewalski (Asie).
À noter: Le cheval domestique moderne est originaire des steppes pontiques, au nord du Caucase, où il a été domestiqué il y a 4 000 ans. Il va s’étendre ensuite au-delà de sa région d’origine et remplacer, en quelques siècles à peine, toutes les populations de chevaux sauvages de l’Atlantique à la Mongolie. Un succès expliqué par un comportement plus docile et une colonne vertébrale plus solide. Deux atouts répondant à une demande grandissante pour des déplacements à cheval.
Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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